Clos-masures : les mesures conservatoires

Le Département de Seine-Maritime est engagé dans une démarche de candidature pour l’inscription des clos-masures  au patrimoine mondial de l’UNESCO . La reconnaissance de ces fermes traditionnelles cernées d’un rideau d’arbres sur talus favorisera la sauvegarde de ce patrimoine qui fait l’identité du Pays de Caux. Les clos-masures sont soumis aux évolutions de nos modes de vie et ils sont vulnérables. Les anciens bâtiments agricoles, qui pour beaucoup ont perdu leur vocation initiale, disparaissent petit à petit. Pourtant, ils participent à la qualité de nos bourgs et villages.

Une surveillance et un entretien régulier peuvent garantir la conservation d’une construction pour lui redonner un jour une nouvelle vie en le transformant en habitation, gîte, local de vente à la ferme, etc. De simples réparations courantes, la plupart du temps légères, permettent d’éviter des détériorations qui induiraient des travaux importants et onéreux.

Ce guide a pour objectif de vous aider à repérer les situations à risque et à trouver des solutions pour conserver le bâtiment dans un état satisfaisant.

Le clos-masure, un coffret de 5 guides

Le guide principal « Le clos-masure » présente les caractéristiques naturelles et bâties du paysage cauchois, sa problématique d’évolution récente et les conséquences de sa dégradation.

Le guide « Le clos-masure, ses rôles environnementaux », montre les intérêts sur la flore, la faune, l’écologie et le climat de chacune des composantes du clos-masure, talus plantés, bâtiments, vergers et mares.

Les quatre guides techniques « Les vergers », « Les bâtiments », « Les talus plantés » et « Les mares » ont, eux, pour objectif de transmettre des informations sur les caractéristiques de chacun des éléments naturels ou bâtis des clos-masures et de fournir les conseils techniques indispensables pour les restaurer et les entretenir.

Vous pouvez demander gratuitement ce coffret au Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement de la Seine-Maritime.

Le clos-masure, identité du Pays de Caux

Le Pays de Caux évoque, dans l’esprit de chacun, des stéréotypes de la Normandie tels que les clos de pommiers ombragés, les longues chaumières à colombages, les champs de lin bleutés, les vaches aux robes mouchetées ou encore les hautes falaises de la Côte d’Albâtre. Pourtant, le caractère du paysage cauchois repose aussi sur la forme très particulière de son habitat appelée "clos-masure", "cour-masure" ou tout simplement "cour" par les habitants eux-mêmes.

 

Un extrait de Midi en France, émission de France Trois du 19 mai 2014, dans laquelle intervient notre paysagiste, Virginie Maury-Deleu :

Sur l’étendue dénudée des plateaux agricoles légèrement ondulés, émergent des îlots boisés. Au premier regard, l’habitat paraît absent. Pourtant, en s’approchant de ces masses de verdure, le paysage s’enrichit de détails et révèle des alignements d’arbres centenaires plantés sur de hauts talus.

 

 

Ces rideaux abritent du regard et du vent les cours de fermes cauchoises, ces fameux "clos-masures". La maison et les bâtiments sont répartis au sein d’une cour enherbée et plantée de pommiers de haute-tige. Quelques mares y sont dispersées. Les clos-masures, isolés dans les plaines ou regroupés en hameaux et en villages, donnent aux espaces habités un caractère arboré protégé qui contraste avec la plaine agricole environnante.

 

 

 

Bien que les composantes des clos-masures soient relativement constantes, il existe une très grande diversité d’organisation et d’architectures. Le talus lui-même se décline selon une grande variété, multipliant les ambiances végétales.

 

 

 

Un paysage en danger

Aujourd’hui, pour de multiples raisons, les clos-masures disparaissent du paysage local. Dans le contexte de modernisation de l’agriculture et d’évolution des modes de vie, ils sont restructurés ou perdent leur vocation agricole. Les arbres sont abattus, les talus arasés et les mares remblayées. Les bâtiments d’architecture traditionnelle, inadaptés aux nouvelles exigences agricoles, se dégradent. D’immenses bâtiments préfabriqués s’implantent.

 

Récemment, le phénomène d’urbanisation des villages ruraux accentue ce processus de dégradation du paysage. Lotissements pavillonnaires et zones d’activités se développent. Ces nouvelles formes bâties en périphérie des villages font peu de cas des logiques paysagères locales. La campagne cauchoise devient un paysage désorganisé et appauvri, où habitat et espace agricole sont mêlés, où l’arbre n’a plus sa place.

 

Les conséquences de cette évolution lente mais radicale du paysage sont multiples. Au-delà des enjeux purement patrimoniaux, ce sont la diversité écologique et l’équilibre environnemental qui sont menacés. L’aggravation des problèmes de ruissellement des eaux de pluie ainsi que l’érosion des sols en témoignent

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Des actions à encourager

Les élus, les collectivités locales et territoriales, les services de l’Etat, les associations et particuliers manifestent leurs préoccupations. Depuis plusieurs années, les actions de revalorisation du paysage cauchois se multiplient. Des subventions diverses incitent certains propriétaires à intervenir sur leur patrimoine bâti ou végétal. Des talus sont dessouchés, reconstruits et replantés. Cependant, ces initiatives, trop souvent ponctuelles, restent insuffisantes.

 

Aujourd’hui, le paysage cauchois est menacé, c’est pourquoi nous sommes tous concernés : les collectivités publiques, locales ou intercommunales, les entreprises mais aussi les associations et les particuliers, agriculteurs ou non, qui par l’aménagement et l’entretien de leur propriété participons au paysage.