
Les architectures modulaires et réversibles
Lorsque la conception traditionnelle s’avère inadaptée ou incomplète pour répondre à un besoin donné, le recours à l’architecture modulaire ou réversible est pertinent : Vous devez assurer la continuité des activités économiques ou de service pendant des travaux ? Vous avez un besoin immédiat de logements ou d’équipement ? Vous avez un parc scolaire changeant d’une année sur l’autre? Vous avez un terrain ou un site devant pouvoir évoluer à plus ou moins long terme ?
DÉFINITIONS
La modularité est la capacité d’un bâtiment à évoluer simplement par ajout, remplacement ou suppression de modules.
La réversibilité est la capacité programmée d’un bâtiment à changer de destination, grâce à une conception anticipant les évolutions futures. Elle peut être:
- constructive: démontabilité et mobilité du bâtiment dans son intégralité ou de certains éléments.
- fonctionnelle: choix constructifs permettant de réorganiser facilement les espaces pour répondre à un autre programme (exemple: bureaux en logements).

© Djuric Tardio Architectes
Anticiper pour être réactif
En cas d’urgence ou de crise, il faut pouvoir réagir rapidement, sans négliger les particularités locales. Pour répondre à la variabilité des besoins, la construction modulaire et/ou réversible apporte des solutions ciblées à des problématiques variées :
Problématiques fonctionnelles:
- assurer des services à la population comme une extension d’école, d’hôpital, etc. (capacités d’accueil devenues insuffisantes, garantie de la continuité de services en cas de travaux).
- établir une base de vie de chantier.
Problématiques sociétales:
- répondre à un besoin de logement dans un marché/secteur en tension,
- proposer une offre de services cohérente avec un accroissement de population sur un secteur donné
- héberger en urgence des personnes vulnérables (catastrophe naturelle, plan grand froid, migrants, etc.).
Problématiques économiques:
- s’adapter rapidement au renforcement ou à l’apparition d’un bassin d’emploi,
- accueillir ou organiser des évènements culturels, sportifs, touristiques.
Il est donc essentiel de diagnostiquer les besoins (logements, services, équipements, etc.), tant à court qu’à long terme, afin de répondre efficacement à leur évolution.
Préserver le foncier
Le foncier devient une ressource précieuse. La sobriété foncière est donc une stratégie pertinente à long terme.
- Limiter l’artificialisation des sols : c’est aussi réduire les risques (souveraineté alimentaire, ruissellement, etc.)
- Limiter la vacance foncière par la mobilisation temporaire du foncier (jachère, Zone d’Aménagement Concertée/Différée, friche, etc);
- Inscrire le sol comme ressource dans le projet.
Bref c’est appliquer concrètement l’objectif Zéro Artificialisation Nette (ZAN), élément clé de la transition écologique des territoires.
Favoriser une cohésion territoriale
L’implantation d’un nouveau programme ne doit rien au hasard. Il convient d’offrir :
- un accès équitable aux équipements, services et logements;
- une cohérence des aménagements pour renforcer les tissus urbains, y compris en milieu rural;
- un équilibre entre l’existant et le programme futur pour une acceptation de tous.
Il ne suffit pas de juxtaposer des programmes, il faut aussi connecter les territoires et leurs éléments pour construire un vivre-ensemble durable.
Méthodologie
Pour mener à bien un projet d’architecture modulaire et réversible, il est nécessaire:
- d’inclure dès la conception / programmation le futur du bâtiment ou du site : Est-il prévu pour un usage temporaire? Si oui, identifier les différentes possibilités (démontage/remontage, reprise par un tiers, etc.)
- de faire appel à un(e) architecte et son équipe de maîtrise d’oeuvre (références, méthodologie adaptée)
- de réfléchir à une stratégie de sobriété foncière: volonté de restituer le terrain à l’identique (usage agricole), protéger le site (préservation arbres), ou se protéger (gestion des risques, recul trait de côte, inondation).
- d’envisager le modulaire, la préfabrication ou tout autre procédé industriel, comme des outils techniques au service de l’architecture, mais pas comme des solutions clé en main se suffisant à elles-mêmes.
Soigner l’intégration au contexte existant
Quel que soit sa méthode constructive et sa durée de présence sur le site, un batîment interragit avec son environnement. Il est donc nécessaire de respecter :
- les réglementations en vigueur (urbanisme, environnement, etc.)
- l’adaptation au maillage existant: accès aux équipements, raccordements aux réseaux, offres de mobilités, gestion des déchets, etc.
- la gestion des ressources: eau potable (approvisionnement, assainissement, distribution), eaux pluviales, foncier, etc.
- l’intégration du projet dans son site, quelque soit la sensibilité du contexte : préservation des qualités existantes (patrimoniales, paysagères);
- la gestion des nuisances générées par le chantier et/ou le fonctionnement (sonores, pollution, déchets, etc.)
Fondations non invasives
Pour limiter l’altération des sols (pas d’excavation massive, préservation des nappes phréatiques, etc.), des solutions existent tant pour des fondations superficielles (pilotis, plots) que pour des fondations profondes (pieux vissés, micro pieux), en restant sur des appuis ponctuels/ciblés. Une étude de sols reste impérative.

Pieux vissés en acier ©ProPieuxFondation
Garantir la réversibilité effective du projet
Des éléments clés sont à rechercher dans un projet modulaire et/ou réversible de qualité.
En cas de réversibilité fonctionnelle :
Il faut pouvoir modifier la configuration intérieure avec un minimum de travaux (anticipations normes, structure, circulation, réseaux, etc.)
En cas de réversibilité constructive :
La réversibilité constructive doit permettre la restitution du site à l’identique, à la fin du cycle d’exploitation du bâtiment. Pour cela, il faut :
– s’assurer du choix d’un procédé constructif réellement démontable ou déménageable :
- sans surcoûts prohibitifs : ce qui peut être obtenu grâce à l’utilisation d’éléments préfabriqués (structure, enveloppe, etc.).
- limitant les impacts environnementaux (par exemple: grâce à l’ACV). Si possible, privilégier les matériaux bio/géosourcés.
– adopter un rapport au sol respectueux grâce à une stratégie pour limiter l’artificialisation / l’imperméabilisation du sol en optant pour :
- des fondations non invasives (fondations superficielles, hors-sol)
- des réseaux non enterrés ou intégralement démontables, et des revêtements de voirie perméables.
Et ce, pour garantir la restitution du sol à son état d’origine, moyennant une moindre intervention. Tous ces éléments sont à mentionner dès la commande passée. Il est possible de se faire accompagner par une Assistance à Maîtrise d’Ouvrage (AMO).
Réseaux et voiries
Pour sortir des solutions toutes faites, techniques, couteuses et altérant définitivement les sols, d’autres options existent :
- réseaux non enterrés: passage en gaines extérieures ou intérieures apparentes (colonnes montantes, sous-face du bâtiment, vide sanitaire);
- réseaux enterrés: tranchée unique peu profonde, recouverte d’un platelage démontable pour pérenniser l’installation;
- voirie perméable: pas de revêtement ou revêtement perméable (graviers, dallage perméable, systèmes alvéolaires, etc.)
Sur le plan juridique et réglementaire
En plus des outils classiques, il existe des outils spécifiques pour vous accompagner dans vos projets :
- Permis de construire (délivré à titre) précaire
- Autorisation/convention d’occupation temporaire du domaine public
- Certificat de Projet dans les friches
De façon générale, les constructions provisoires sont encadrées par le Code de l’Urbanisme, article R*421-5 (quoique le plus souvent dispensées de formalités au titre du même code).
Des exemples d’architectures modulaires et réversibles
Le CAUE 76 édite une dizaine de fiches de références, pour présenter des projets architecturaux concus dans cette démarche de réversibilité. Tous ces exemples proposent une solution alternatuve durable et résiliente à la construction modulaire standard.

Ces fiches sont conçues pour vous accompagner dans vos démarches de conception de projets modulaires et/ou temporaires et/ou réversibles. Elles rassemblent des contextes variés, en réponse à des besoins spécifiques. Chaque fiche présente une description détaillée des caractéristiques, le budget, les avantages et résultats du projet.
Utiles et inspirantes, elles vous aideront à relever les défis sociétaux et environnementaux auxquels nous devons faire face.